titlu.jpg (12576 bytes)
AN IX, nr. 95-96, MARTIE-APRILIE 2002

Unification de la date de Pâques

Un des problèmes actuels de l'Église chrétienne est celui de son unité visible. Le modèle reste à jamais celui de l'Église primitive quand - en dépit des différences entre l'Orient et l'Occident - la communion eucharistique se faisait entre tous les chrétiens. Malheureusement des situations variées ont causé un éloignement et ont créé des différences de confession: catholiques, orthodoxes, etc. Une de ces différences, ressentie avec amertume par l'ensemble des chrétiens, est celle de la date de la Résurrection du Christ, ou Pâques. Cette année, 2002, la Pâques occidentale tombe le 31 mars et celle orthodoxe le 5 mai. Nous allons essayer de clarifier les causes de cette différence.

Aux premiers siècles
Aux premiers siècles, la différence entre les chrétiens portait sur le calcul de la date de Pâques. La controverse pascale remonte aux différends entre les judéo-chrétiens et les autres chrétiens, mais la plus prononcée s'est manifestée dans la deuxième moitié du IIe siècle.
D'une part, les chrétiens d’Asie qui célébraient la mort et la Résurrection du Christ le 14 et 16 Nissan (le quatrième mois du calendrier juif), en même temps que les juifs d'après leur calendrier. Ainsi Pâques coïncidait avec la pleine lune après l'équinoxe du printemps. L'année lunaire étant plus courte que la solaire de onze jours et trois heures, ils introduisirent un nouveau mois tous les trois ans approximativement, pour que la date du 14 Nissan soit plus proche de la date de la Résurrection. Mais l'imperfection du calendrier juif et l'ajout de ce nouveau mois créèrent des problèmes, parce qu'ils éloignaient les chrétiens de la vraie date astronomique de Pâques et ne concordaient plus avec la Pâque judaïque.
D'autre part, à Rome et en Orient les chrétiens célébraient la crucifixion le vendredi et la Résurrection du Christ le dimanche après le 14 Nissan, après la pleine lune et l'équinoxe du printemps.

Controverses pascales
D'autres différences ont apparu entre Rome et Alexandrie. À Rome, l'équinoxe était le 18 mars, la Pâques était célébrée entre le 25 mars et le 21 avril; le cycle pascal était de seize ans. À Alexandrie, l'équinoxe était le 21 mars, et Pâques était célébrée entre le 22 mars et le 25 avril; le cycle pascal était de dix-neuf ans.
Les controverses pascales les plus marquantes étaient celle de l'année 155, entre saint Polycarpe de Smyrne et le Pape Anicet de Rome - qui, malgré toutes les différences ont continué à célébrer la Sainte Eucharistie ensemble (Eusèbe de Cësarée, Histoire Ecclésiastique, V, 24) -et celle de 190 entre Polycrate d'Ephèse et le Pape Victor le de Rome, résolue par l'intervention d'Irénée de Lyon.
Au Concile d'Arles de 314 les Églises avaient convenu que la Pâques soit célébrée in uno die et in uno tempore per omnen orbem (le même jour et en même temps pour tous les chrétiens partout).
Le premier Concile oecuménique de Nicée, en 325, avait recommandé que la fête de Pâques soit célébrée le même jour par tous les chrétiens, soit le premier dimanche après la pleine lune et après l'équinoxe du printemps. L'Église d'Alexandrie, grâce à ses astronomes renommés, fut chargée de calculer la date de Pâques et de la communiquer aux autres Églises, comme l'attestent les Lettres Pascales de saint-Athanase le Grand.
Malgré cette recommandation, Rome continuait de calculer la date de Pâques selon sa manière.

Tentatives d'unification
La première unification eut lieu au VIe siècle grâce au moine du Dobroudja (Scythie mineure), Denys le Petit, connu à Rome et en Orient, qui avait convaincu le pape d'accepter le calcul pascal fait par l'Église d'Alexandrie, c'est-à-dire que la date de l'équinoxe serait le 21 mars, le cycle pascal de dix-neuf ans, et la date de Pâques tomberait entre le 22 mars et le 25 avril. Les dates doubles sont disparues en 784 seulement.
En 1582, le Pape Grégoire XIII, avec l'aide de l'astronome Alloisius Lillius, entreprend la réforme du calendrier julien, qui datait de l'année 46 avant le Christ, en supprimant dix jours (entre le 4 et le 15 octobre), ce qui représente la différence entre l'année astronomique et l'année civile à ce moment-là.
Le nouveau calendrier reçut le nom de «calendrier grégorien» et fat accepté par l'Église catholique immédiatement, et par les protestants en 1775.
L'Église Orthodoxe fut aussi invitée par Rome à changer son calendrier, mais le Concile tenu à Constantinople, en 1773, le refusa en le considérant «un moyen de propagande catholique».
Après la première Guerre mondiale, les États civils de Russie et de Bulgarie en 1918, de la Serbie et de la Roumanie en 1919, et de la Grèce en 1923, ont accepté la réforme grégorienne. Mais cela a créé des divergences entre ces États-là et leurs Églises. Ces discordes furent résolues partiellement par la Conférence orthodoxe de Constantinople, de 1923, à la quelle ont participé les Églises de Constantinople, de Serbie, de Roumanie, de Grèce et de Chypre.
À Constantinople, en 1923, le calendrier julien fut modifié ainsi:
A) l'équinoxe a été transféré du 8 au 21 mars, en supprimant la différence de treize jours entre l'année astronomique et l'année civile (le 1er octobre est devenu le 14 octobre 1923).
B) Chaque année aura 365 jours et tous les quatre ans une journée sera ajoutée, le 29 février).
C) Les fêtes à date fixe ne changent pas.
D) Pâques sera célébrée par tous les chrétiens d'après le calendrier julien, jusqu'à ce qu'un synode oecuménique ou panorthodoxe en décide autrement.
La grande qualité du calendrier corrigé est sa précision. Ainsi, la différence entre l'année astronomique et l'année civile est réduite à 2,02 secondes par jour (une journée tous les 42 772 ans), alors que dans le calendrier grégorien, la même différence est de 26,02 secondes par jour (soit une journée tous les 3 500 ans).

De nouveau la controverse
Malheureusement, les recommandations de la Conférence orthodoxe de Constantinople de 1923 n'ont pas été suivis par tous les orthodoxes qui, en ce qui concerne le calendrier, se sont divisés comme suit:
A) Ont accepté le nouveau calendrier les Églises orthodoxes de Constantinople, d'Antioche, d'Alexandrie, de Roumanie, de Grèce, de Chypre, de Pologne, le monastère de Vatopedi et, plus récemment, en 1968, l'Église de Bulgarie.
B) Sont restées avec l'ancien calendrier les Églises orthodoxes de Jérusalem, de Russie, de Serbie et les monastères du Mont Athos et du Sinaï. Cette différence est surtout constatée à Noël, fête célébrée par le deuxième groupe le 7 janvier au lieu du 25 décembre. Mais, pour Pâques, tous les chrétiens orthodoxes célébrent la Résurrection à la même date.
Les orthodoxes ont rediscuté du problème de l'unification de la date de Pâques aux conférences de Vatopedi (1930), d'Athènes (1936), et de Moscou (1948); aux conférences panorthodoxes de Rhodes (1961, 1963 et 1964) et de Chambésy (1968). Feu le Patriarche oecuménique Athênagoras 1er demandait à tous les chrétiens, en 1969, de célébrer la Résurrection du Christ à la même date.
Aujourd'hui, le problème de la date de Pâques est d'actualité. Les grandes difficultés proviennent du fait qu'on désire éviter la coïncidence avec la Pâque judaïque (le Pessah). Il faut également tenir compte du fait que la règle de Nicée en 325 n'a ni un caractère dogmatique, ni un caractère canonique. Donc l'orientation vers le calendrier judaïque d'alors et le cycle pascal judaïque ne sont plus factuels.
De plus, comme disait le professeur Liviu Stan (+1973), la règle de Nicée parle d'équinoxe du printemps dans le monde du IVe siècle. Que fait-on avec les chrétiens qui vivent dans l'hémisphère sud qui ont au même moment l'équinoxe d'automne? Et ceux qui habitent dans la zone équatoriale, là où il n'y a pas de saisons? Ne fêteront-ils jamais la Résurrection du Christ?

Des solutions
Il y a une double solution au problème de la date de Pâques.
A) Une, relative, c'est-à-dire la réduction du grand espace pascal de l'actuel trente-cinq jours (du 22 mars au 25 avril) à seulement sept jours, solution possible dans le cadre du calendrier corrigé en 1923 à Constantinople.
B) L'autre, absolue, fêter Pâques à une date fixe, le deuxième dimanche d'avril; solution proposée aussi par la Ligue des Nations.

Un événement important pour résoudre le problème d'une date commune pour Pâques fut la Consultation orthodoxe-catholique d'Alep (Syrie) en mars 1997 sous le patronage du Conseil oecuménique des Églises. Trois propositions ont été faites:
1) Maintenir la règle de Nicée.
2) Utiliser les dates astronomiques modernes pour établir la date exacte de l'équinoxe du printemps.
3) Utiliser le méridien de Jérusalem.

L'Église Orthodoxe Roumaine s'est déjà prononcée en 1963 pour l'une des deux solutions suivantes:
1) Un dimanche mobile entre le 22 mars et le 25 avril ou
2) un dimanche fixe, le deuxième d'avril. Ainsi tous les chrétiens pourront célébrer ensemble la Résurrection du Christ, mais en premier, il faut absolument que tous les orthodoxes se mettent d'accord! C'est difficile, mais pas impossible.

Que tous soient un (Jn 17, 12)

Pr. Prof dr Cezar Vasiliu

Bibliographie sélective
1. Hefele/Leclercq, Histoire des Conciles, t. I, 1, Paris, 1907, p. 450-470.
2. A. Fliche - V. Martin, Histoire de l’Église, Ill, Paris, 1947, p. 88-90.
3. K. Bihlmeyer/H. Tuechle, Storia della Chiesa, 1, Brescia, 1955, p. 350-355.
4. E. Braniste, «Problema unificãrii calendarului liturgic în Bisericile Ortodoxe», in Ortodoxia no 2, 1955, p. 181-216.
5. T.M. Popescu et allii, Istoria Bisericeascã Universal
|, 1, Bucuresti, 1956, p. 137-140 si 214-216.
6. V. Vinay, Storia della Chiesa, II, Roma, 1961, p. 40-45.
7. O. de Urbina, Nicée et Constantinople, Paris, 1961, p. 50-95.
8. T.M. Popescu, «Problema stabilirii datei Pastelor», (Le problème de la date de Pâques), in rev. Ortodoxia, no 2, 1964, p. 344-444.
9. J. Danielou-H. Marrou, Nouvelle Histoire de l’Église, I Paris, 1963, p. 136-140, vol. 11, Paris, 1968, p. 193-200.
10. SOEPI, Genève, no 15, din 24, Aprilie 1969.
11. M. Sesan, «In problema unific
|rii calendarului» (L'unification du calendrier), în Mitropolia Ardealului, no 9-10, 1969, p. 670-680.
12. L. Stan, «Pentru serbarea Sf Pasti la aceeasi datã» (Pour célébrer la Sainte-Pâques à la même date), în Studii Teologice, no 5-6, 1970, p. 369-385.
13. S. 0. P., avril 1997.